mardi 18 avril 2023

LETTRE OUVERTE DU 18 AVRIL 2023 SUR LE PROGRAMME LOCAL DE L'HABITAT

 Comité de défense d'action
et de sauvegarde d'Avon
Association JO 9 mai 1976
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Fontainebleau Patrimoine
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LETTRE OUVERTE DU 18 AVRIL 2023
SUR LE PROGRAMME LOCAL DE L'HABITAT
Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les Conseillers,
Le Conseil communautaire du jeudi 20 avril 2023 doit voter l'arrêt du projet du
Programme Local de l’Habitat (PLH) intercommunal pour la période 2024–2030 en vue de
le soumettre à l'avis des communes avant son approbation définitive.
Nous avons l'honneur de vous demander de retirer cette délibération de l'ordre
du jour et de la soumettre préalablement à une concertation préalable avec le public et
les associations compte tenu des graves inconvénients de ce projet, après évaluation.
Si le Programme local de l'habitat est élaboré dans les communautés
d'agglomération, son absence n’occasionne aucune sanction réelle (article L. 302-1 du
CCH). A part d'hypothétiques aides ne compensant jamais son coût, le PLH ne présente
guère d'avantages. En revanche, son adoption impose la mise en compatibilité obligatoire
du Plan local d'urbanisme. Or, il serait particulièrement désastreux que celui-ci traduise
une volonté de construire massivement des logements alors que ce n'est pas la politique
affichée par la CAPF. C’est pourtant ce qui est inscrit dans le projet à délibérer.
A cet égard, nous relevons des objectifs de production déraisonnables qui auront
des effets particulièrement importants sur le territoire avec 1906 logements
supplémentaires en 6 ans dont 1000 logements pour la seule ville de Fontainebleau.
Les objectifs de l’État de créer 1536 logements sociaux à terme (198 à Fontainebleau, 760 à
Avon, 578 à Bois-le-Roi) n'ont même pas été contestés, alors qu'il y avait de quoi.
Au vu de la qualité spécifique du Pays de Fontainebleau, nous attendons des élus
qu’ils mettent en avant auprès de l’État des contraintes réelles mais justifiées conduisant à
limiter et à contester, comme la Loi le permet, des objectifs aussi extravagants et inadaptés.
La capacité de production comme d’absorption des territoires avonnais, bacots et
bellifontains a été largement surévaluée au regard de la réalité de ces territoires et des
contraintes qui s'imposent, notamment en termes de services mais aussi de protection du
patrimoine naturel et culturel, véritable richesse de notre intercommunalité, facteur de
qualité de vie pour les habitants et locomotive de son tourisme et de son attractivité.
Aucune évaluation des effets dudit programme local de l’habitat n'a été faite alors
qu'il est évident que celui-ci conduira nécessairement à une augmentation de population,
avec plus de 11 % de logements supplémentaires pour la seule ville de Fontainebleau !
Une telle augmentation ne peut qu’accroître encore davantage les besoins en matière de
services publics (écoles, réseaux, installations sanitaires et médico-sociales, sécurité
publique...) de transports (voirie, TC, avec une ligne R déjà saturée) alors même que le
territoire a un ratio emploi/habitat déficitaire.
Le choix du tout logement plutôt que du secteur économique, pourtant
prioritaire, risque d'obérer définitivement les capacités de développement futur de
l'agglomération en gaspillant les terrains disponibles aggravant ainsi le déséquilibre
fonctionnel actuel. La « banlieusardisation » en marche nous semblerait désastreuse.
Il va de soit que le coût réel de ces services à financer n'a pas été pris en compte.
En effet, le budget prévisionnel pour le PLH s’établit à 3 048 000 € pour les six prochaines
années, mais ne tient nullement compte des dépenses liées aux aires des gens du voyage,
aux opérations d'amélioration de l'habitat, mais aussi, et le rapport ne le mentionne pas, des
dépenses liées à l'accroissement de la population, comme nous l'avons souligné en termes
de réseaux, d'infrastructures ou de services. Ainsi, même les communes non directement
impactées par le programme seront affectées par les dépenses publiques communautaires à
venir, et cela, au détriment, soit de leurs propres besoins, soit du contribuable.
Au-delà de ces problèmes logistiques graves, l'impact sur l'esthétique est
totalement passé sous silence à part cette idée vague "d’opérations respectueuses de
l’environnement urbain". Or, les programmes passés ou en cours d'exécution (ZAC de la
gare d'Avon, Bréau, ex-polyclinique rue Lagorsse, Subsistances ou encore Héronnières),
sans intégration architectural urbaine et paysagère, et avec une densité dépassant
largement les moyennes, démontrent, à qui veut bien le voir, que des mesures drastiques
doivent être prises. C'est à la condition expresse de bien mesurer l'importance de la qualité
urbanistique et historique de nos cités et de vouloir les préserver. Ne pas être exigeant sur
le bâti à créer, c'est faire échouer à coup sûr le classement du territoire par l'UNESCO. Le
projet de site patrimonial remarquable est, hélas, symptomatique de la volonté de
réglementer l'ancien en abandonnant tout contrôle du contemporain, dont l'esthétique
s’avère dans la pratique inversement proportionnelle aux appétits des spéculateurs. S'il
s'agit de densifier en dénaturant nos communes, ce PLH fera oeuvre de destruction du
patrimoine confié à nos soins, sans bénéfice réel pour les habitants.
En outre, certains choix opérationnels ne sont pas satisfaisants au regard des
problématiques actuelles du territoire. Ainsi, la question de remettre sur le marché les 3
230 logements vacants n’est nullement abordée. Pour ces bâtis esthétiquement et
structurellement dégradés, il y a un manque criant d’ambition avec des moyens très faibles
alloués au regard de l'enjeu (392 logements seraient rénovés en 6 ans, alors que le passé a
largement prouvé que les objectifs en la matière sont rarement atteints). La preuve du
maintien sur site des jeunes générations avancée comme argument au surdéveloppement par
le neuf ultradense n'a jamais été rapportée, mais sert toujours hélas de justificatif.
L’accueil des populations nouvelles ne fait jamais l'objet d'interrogation sur leurs besoins,
ce qui ne peut que créer des conflits d'usage dans un territoire contraint. Plusieurs
décisions, comme la création d'une aire des gens du voyage en pleine zone urbaine du sud,
au contact direct du quartier du Rocher à Avon et de celui du Bréau à Fontainebleau,
nous apparaissent comme nécessitant également une concertation locale.
Les moyens mis en place sont directement contraires aux engagements politiques
des nombreux élus relativement à un développement modéré de l'urbanisation et à la
lutte contre la densification abusive de nos cités. Nous sommes convaincus que la
crédibilité des élus et des organismes publics passe aussi par ce respect des habitants et des
caractéristiques du territoire. Notre désir est de le voir confirmer et renforcer par une
consultation directe du public.
Nous vous remercions de la décision d'intérêt général que vous prendrez et vous
prions d'agréer notre considération distinguée.
Sébastien LABORDE
Président du CDAS d'Avon
Dr Guillaume BRICKER
Président de Fontainebleau Patrimoine